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Matthieu Malon

On se souvient toujours des premières fois. D’ailleurs, visit web la première fois qu’on a entendu parler de Matthieu Malon, c’était lors des derniers soubresauts du siècle dernier. Dans les pages d’une revue pop moderne, le titre de l’article titillait la curiosité et surtout, annonçait les couleurs (froides, les couleurs – forcément) : “Cherchez le glaçon”. C’était bien avant que Daniel Darc ne ressuscite, avant qu’il ne soit (re)devenu cool de chanter dans la langue de Molière une pop aux accents anglo-saxons. Originaire d’Orléans, le garçon – dont on découvrait en même temps le passé à la tête de la formation culte Joe Shmo – signait un disque nouvelle vague, en équilibre entre obsessions organiques et sensations électroniques. Dans un paysage où la touche française régnait encore en maître, l’album Froids, paru sur feu le label Village Vert (Autour de Lucie, Déportivo, Luke, entre autres) n’avait pas d’égal. Son auteur non plus. Depuis, il s’en est passé des choses. Pour nous, pour lui. Mélomane boulimique jamais rassasié autant que musicien toujours aux aguets, le jeune homme ne pouvait se contenter d’une seule identité. Schizophrénie ?

Peut-être. Qu’importe.

Caché derrière le nom de laudanum, il a ainsi réalisé trois disques électroniques chantés en anglais – dont un presque chef d’œuvre, System:On, paru dès 2002 – et une série de reprises qui en disent long sur son éclectisme – de Kim Wilde à Sebadoh, pour faire court.

Sous celui de ExEx et dans une veine presque similaire, en compagnie d’un alter-ego nommé Simon Dupont-Gellert, il a signé quatre EP – et l’aventure ne serait pas terminée. De cette discographie pléthorique – dont la majorité a vu le jour sur la structure Monopsone –, émane pourtant un fil rouge : ce désir de suggérer des émotions, de jouer avec les ombres, de pratiquer le clair-obscur. Ce fil rouge, on le retrouve aujourd’hui sur Peut-être Un Jour, œuvre née entre autres d’une frustration. Une frustration vieille de dix ans, lorsque ce qui devait être le successeur de Froids est resté lettres mortes, faute de label. Les Jours Sont Comptés n’a donc jamais existé qu’en l’état de maquettes, qu’en album virtuel uniquement disponible en téléchargement – un comble pour son auteur, passionné par l’objet qu’est le disque. Mais, annoncé il y a un an par un bel hommage à… Daniel Darc enregistré dans l’urgence (28.02.2013), Peut-être Un Jour est aussi (et surtout) né de nouvelles appétences, d’un désir de se raconter – il y a beaucoup de passages autobiographiques au gré de ces douze chansons dont certaines ressemblent à des exutoires –, d’une envie de retrouver la dynamique de groupe, d’enregistrer “naturellement, dans une cave” sous la houlette de l’indéboulonnable architecte sonore PE. En compagnie du batteur Philippe Entressangle (Etienne Daho), du guitariste Sébastien Gautron, du bassiste Lionel Laquerrière (Nestor Is Bianca, Yann Tiersen) et du pianiste Jean-Christophe d’Arnell (Collection d’Arnell-Andrea), Matthieu Malon a fait le tri dans son répertoire et peaufiné ces morceaux dans lesquels il a laissé infuser toutes ses obsessions musicales – la scène indie et la new-wave des années 80, le post-rock et le slowcore du début de la décennie suivante – pour mieux les partager.

Alors, de mélodies qui vrillent la tête et flattent avec élégance la nostalgie (Au Revoir À Jamais, À Quoi Tu Penses ?) en format pop sans fioriture (La Tête À L’Envers), il serre les poings et marque des points (Dernier Uppercut, en guise d’ouverture triomphante), prend le temps de ralentir (Tu Étais Mon Pote) avant d’appuyer sur l’accélérateur (Je Suis heureux), tandis que Stéphane Merveille, metteur en images de l’histoire, a rarement aussi bien porté son nom. A l’heure où une certaine scène pop et rock française est — une fois n’est pas coutume – en odeur de sainteté, Matthieu Malon affirme de son côté que La Messe Est Dite. Pourtant, Peut-être Un Jour n’est pas un “testament”. Il ressemble plutôt à une renaissance.


Désamour – 2017

Quand les autres chantent l’amour ad-libidum, Matthieu Malon, lui, n’a jamais prononcé « je t’aime« , ni en chanson, ni à la fin d’une soirée (même A l’électron). Et rien n’a changé de ce point de vue sur Désamour, son quatrième album enregistré une nouvelle fois avec Pierre-Emmanuel Mériaud.

Alors que les six chansons de Peu d’Ombre Près des Arbres Morts (monopsone – 2016) laissaient entrevoir une embellie « pop », Désamour marque un significatif retour à la vindicte, aux déflagrations sonores – il n’y a pas que les visuels qui font écho à Faith de The Cure – quand bien même La Coureuse respecte les canons du tube : voix claire, chœurs entêtants, arrangements soyeux, et la batterie véloce de l’ami Phillipe Entressangle.

Les relations sont toujours complexes, les rencontres laissent un goût d’amer et d’inachevé, l’amour est contrarié. Le couple s’est désintégré (Et ce Tee-Shirt de Sonic Youth), jusqu’à ce que les mots susurrés dans l’intimité laissent place à une fin de non-recevoir (Dégage).

Désamour clôture ainsi un cycle écrit à l’encre noir du quotidien, marqué par l’âge qui avance et les illusions qui s’étiolent, avant que l’Orléanais ne se réincarne en laudanum, son projet anglo-électronique en sommeil depuis 2009 (Decades – monopsone).

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Tracklisting
  • 01 – Ouverture
  • 02 – Dégage
  • 03 – La syncope
  • 04 – Fugue
  • 05 – A l’électron
  • 06 – La coureuse
  • 07 – Désamour
  • 08 – Et ce t-shirt de Sonic Youth
  • 09 – Un essai gratuit
Au sujet de l'album
  • Artiste : matthieu malon
  • Titre : Désamour
  • Format : album cd digipack // vinyle 12″ (inclus cd)
  • Référence : mops051cd / mops051cdlp
  • Distribution : differ-ant (France)
  • Parution : octobre 2017

 

Art work : Stéphane Merveille.

Discographie sélective :
– Matthieu Malon : Froids, (Village Vert – 2000) / Les Jours Sont Comptés (2004)
– laudanum : System:On (monopsone-2002) / Your Place & Time Will Be Mine (monopsone-2006) / Decades (monopsone-2009)
Sites : www.matthieumalon.fr
Contact label/promo : contact@monopsone.com
Contact interview, concerts, … : matthieu@matthieumalon.fr

Textes simples donc, pour musique plus complexe, comme toujours chez Malon. Délicieuse et minutieuse, elle puise ses racines outre-Manche quelque part au début des années 1990 et se consolide aux forces d’aujourd’hui. À la fois vintage et actuelle, elle tisse de véritables B.O puis se transforme en petit-lait pour les oreilles. Entre les guitares shoegazes et les pianos délicats, les riffs efficaces et les mélodies d’une évidence désarmante, douze titres s’étirent ou s’emballent au bon gré d’une sacrée capacité.

Marjorie Risacher

RIFFX (chronique)

Matthieu Malon est un artiste français précieux, pas seulement parce qu’il est confidentiel, mais parce que ses textes et sa musique sont parmi les plus percutants de la scène musicale française actuelle. Peut-être un jour s’appelle cet album, espérons que sûrement un jour cet artiste sera reconnu à sa juste valeur, en attendant la messe n’est pas encore dite.

David

Froggy's Delight (chronique mai 2014)

Ils en parlent

Sous influence anglosaxonne digérée, du rock en français digne et classe.

(…) on sent à quel point cet entremêlement de sons, de genres et d’époques est vécu de l’intérieur, avec intimité, pour ne jamais virer à l’exercice de style.

Céline Remy

Les Inrocks (chronique juin 2014)

(…) non seulement vous dites la vérité mais en plus vous avez l’audace de mettre de touchantes lueurs d’espoir dans ces paysages aux mille nuances d’un noir électrique somptueux. Parler ce langage d’adulte lucide en jouant de la guitare comme un ado enflammé : sérieusement Matthieu…

(…) je voulais saluer votre talent et votre élégance, la qualité singulière de votre musique équilibriste et dense, mais aussi accueillante et vibrante, vous dire le bien que vos chansons me font, cette façon de ne pas me prendre pour un con comme le font les autres avec leurs paroles à deux balles en anglais ou leur musique micro-ondée.

Matthieu Dufour

Pop, Cultures & Cie (chronique "Une deuxième chance" - octobre 2014)

Un disque riche et profond qui nous permet – grâce au français justement – de,  mieux entendre la voix douce et pourtant déterminée de Malon et de se focaliser sur des textes jamais en reste pour distiller des climats pessimistes mais émouvants. Oubliez Benjamin Biolay, essayez (et succombez à ) Matthieu Malon.

Denis Zorgniotti

Benzine (chronique juin 2014)

Ce troisième album est clairement le chef d’oeuvre auquel personne ne s’attendait.

ême si Matthieu Malon dit être mal à l’aise avec la notion de confession, force est de reconnaître qu’il est question ici de fêlures, failles et autres bilans de vie. Le constat, l’addition est douloureuse, rude et sèche. Elle est aussi et surtout lucide, sans compromis, sans faux-fuyant.

Greg Bod

A découvrir Absolument (chronique octobre 2014)