Monopsone (2000-2020)

Écrire une feuille de presse pour annoncer la sortie d’un disque est sans nul doute plus facile que de formuler les quelques lignes ci-dessous. C’est que les faire-parts de naissance sont plus réjouissants que ceux de décès.

Car voilà, monopsone, c’est fini.

Après 20 ans d’existence, le label arrêtera définitivement ses activités en ce début 2020.

Cette décision ne fut pas facile à prendre tant cette aventure humaine fut belle et intense. On aimerait se croire immortels, mais ce serait sans compter le temps, le quotidien et le « marché » de plus en plus difficile qui nous ont emportés inexorablement. Il faut savoir se réjouir de ce que nous avons fait, de ce que nous avons vécu.

Déjà, la première des satisfactions est de ne pas écrire aujourd’hui à la première personne du singulier. Monopsone est une histoire qui s’est écrite à plusieurs, et c’est uniquement grâce à cela, à cet enthousiasme partagé, à ces moments de franches amitiés, de bonnes rigolades et cette capacité à faire ensemble malgré l’éloignement, que nous pouvons contempler fièrement la somme des disques réalisés.

Bien évidemment, c’est ce bilan artistique (un peu plus de 60 références au compteur), voire même comptable (20 ans de survie), qui atteste de la réussite de l’aventure. C’est ce qui restera. Tous ces disques que nous avons produits, toute cette musique que nous avons pu vous partager.

Mais nous, ce que nous retiendrons, c’est que chaque réalisation a été une histoire humaine, instructive pour chacun, que ce soit les réussites artistiques et commerciales comme les bouillons notoires et les rendez-vous manqués.

Aujourd’hui, nous laissons quelques orphelins, « pupilles de la nation » comme le dit lui-même l’ami Matthieu Malon qui gagne haut la main avec ses disques en solo ou avec laudanum la palme du blockbuster.

Nous avons réalisé quelques-uns de nos rêves, comme de collaborer avec Erik Arnaud ou, à force de persévérance et de pugnacité, de produire le second album de I Love You But I’ve Chosen Darkness. Nous avons la fierté d’avoir concrétiser les réalisations de nos amis (Air Wave, A Movement Of Return, Supercilious, Nezumi & Fox, Novö, …) parce que nous savions qu’ils avaient du talent. Et comme nous étions avant tout des fans, nous sommes également fiers d’avoir ajouté à notre catalogue Piano Magic, Epic45, The Declining Winter, Giardini Di Miro, … et tant d’autres qu’on espère retrouver prochainement sous d’autres étiquettes.

Merci donc à tous ces artistes qui ont participé à notre aventure et qui nous ont permis de participer à la leur.

Cela a longtemps justifié de passer des heures, après nos boulots, jusque tard dans la nuit et nos jours de congés, à échanger des milliards de mails – pas toujours très sérieux – parce qu’aucun de nous n’habite dans la même ville, à remplir son congélateur d’animaux morts pour faire les photos qui serviront aux pochettes de disque, à consommer des milliers de kilomètres de scotch pour faire des paquets, à connaître le prénom de tous les agents du bureau postal à force d’y aller, à lutter contre des cyber-criminels qui croyaient judicieux de pirater notre site internet, à boire plus que de raison en compagnie de journalistes qu’on essayait de convaincre, à tenter d’appâter le chaland derrière un stand en festival par tous temps et à toutes heures.

Le label a pris beaucoup de place dans nos vies personnelles, mais ce fut un formidable exutoire, notre jardin secret, une oasis salvatrice, le fil de notre amitié. Vingt ans de nos vies.

Monopsone tient bien sûr à remercier tous ceux qui ont partagé cette aventure avec nous en achetant nos disques (nos plus fidèles « clients » se reconnaitront, immense merci pour votre soutien indéfectible) ou en venant aux concerts de nos artistes, en distribuant nos disques (que Differ-Ant soit ici remercié pour sa confiance constante), en diffusant nos albums sur les ondes ou auprès de leurs amis, en les chroniquant pour tel ou tel magazine ou webzine, …

A n’en pas douter, vous recroiserez forcément les uns ou les autres devant un concert, au-dessus d’un bac de disques ou sur d’autres projets …

Encore merci !